Historique de l’église

 


Les origines de l’église

L’existence d’un premier lieu de culte chrétien est attestée à cet endroit dès l’époque mérovingienne (sarcophages en plâtre retrouvés en 1898) mais il faut attendre le XIᵉ siècle pour voir apparaître le vocable de Saint-Germain l’Auxerrois. Il vient rappeler la rencontre qui aurait eu lieu ici même entre saint Germain, évêque d’Auxerre et la sainte patronne de Paris, sainte Geneviève, au Vᵉ siècle.

La tradition veut aussi que saint Landry, le cinquième évêque de la capitale, ait joué un rôle dans la fondation de l’église qui serait devenue un lieu de pèlerinage après que son corps y eut été enterré. Dans une des chapelles du déambulatoire qui lui est dédiée, des fresques rappellent les épisodes de la vie de celui qui est considéré comme le troisième saint patron de la paroisse (après saint Germain et saint Vincent).

Située juste à côté du palais du Louvre, Saint-Germain l’Auxerrois a toujours eu un lien particulier avec ce monument, lieu de résidence des rois de France jusqu’au XIXᵉ siècle, d’où son titre de “paroisse des rois de France”. Ceux-ci, résidant sur son territoire, en étaient donc paroissiens à part entière et s’y rendaient régulièrement pour les grandes occasions. Ils contribuèrent aussi à l’enrichissement de l’édifice et un certain nombre de signes nous rappellent encore aujourd’hui leur présence comme le blason à fleurs de lys,avec la crosse de saint Germain et la palme de martyre de saint Vincent, ou bien encore les fleurs de lys qui sont encore perceptibles sur la draperie du baldaquin du banc d’œuvre que les révolutionnaires ne purent effacer totalement.

La particularité de cette église était, dès le Moyen Âge, d’être à la fois collégiale et paroissiale : c’est-à-dire qu’elle était en partie le siège d’un collège de chanoines. Elle était également le lieu de rassemblement de tous les habitants du quartier, sous la direction spirituelle d’un curé et l’administration temporelle des marguilliers.

Cette situation institutionnelle complexe a parfois créé des tensions. Le chapitre, qui se targuait d’être historiquement plus ancien que la paroisse, avait la juridiction de l’ensemble du quartier qui allait jusqu’à la Madeleine et incluait à l’origine saint Eustache (devenue paroisse indépendante en 1223) et Saint-Roch (paroisse en 1632).

Il ne reste aucune trace de la chapelle primitive du Vᵉ siècle, érigée sur le lieu de rencontre de saint Germain et sainte Geneviève. Au VIIᵉ siècle une église sans doute plus grande, rassemblait la population du quartier et on y vénérerait les reliques de saint Landry. L’église a été par la suite plusieurs fois reconstruite car elle aurait d’abord été incendiée en 886 lors des invasions par les Normands puis rebâtie par Robert le Pieux au XIᵉ siècle. On ne dispose pas de renseignements très fiables sur cette période allant du Vᵉ au XIIᵉ siècle. La base du clocher actuel remonterait au XIIᵉ siècle, ce qui signifierait qu’on avait encore reconstruit partiellement ou en totalité une quatrième église à cette époque.

Mais l’église d’aujourd’hui est le fruit d’agrandissements successifs commencés à partir du XIIIᵉ siècle jusqu’au XVIᵉ siècle ; le bâtiment actuel est donc le fruit de près de trois cent ans de chantier. Il a fallu pour cela procéder par étapes car les offices religieux devaient se dérouler quotidiennement à l’abri. Pour trouver l’argent nécessaire au chantier, les paroissiens donnaient leurs offrandes au conseil de Fabrique, qui était géré par des laïcs, les marguilliers. Les revenus ordinaires de la paroisse venaient compléter ces dons occasionnels qui pouvaient parfois atteindre de fortes sommes, en fonction de la générosité et de l’aisance financière du donateur.

La partie la plus ancienne remonterait donc au XIIᵉ siècle ; il s’agit du clocher à l’angle du bras sud du transept qui est le seul vestige de la troisième église construite à cet emplacement.

La construction de l’église

Au XIIIᵉ siècle, les travaux ont continué avec la construction de la façade dont la porte d’entrée centrale à double vantaux, qui était ornée d’un tympan sculpté représentant le Jugement dernier. Aujourd’hui il ne reste plus que les trois rangées voussures de cette époque. La suite du chantier se serait concentrée sur le chœur, daté du XIVᵉ siècle (1340-1358) et l’actuelle chapelle de la Vierge. Ce n’est qu’après la Guerre de Cent ans que les travaux reprirent.

En 1476, les paroissiens décident de construire la nouvelle nef qui devait impérativement ressembler au chœur (ad instar chori). Le chantier se prolonge ensuite avec les constructions des bas-côtés, et chapelles de la nef.

Le porche monumental qui protège l’entrée (le seul subsistant à Paris avec celui de la Sainte-Chapelle) aurait été construit, quant à lui, au XVᵉ siècle. Nous connaissons son constructeur : Jean Gaucel. Il est magnifiquement décoré de sculptures dont certaines sont encore en place. Le porche accueille deux pièces destinées à conserver les archives et à réunir le conseil de la paroisse.

A l’aube du XVIᵉ siècle, on construit les chapelles autour du chœur et le transept. Le transept nord fut édifié par Jean Moreau et Louis Poireau sous le règne de Louis XII ; c’est à eux que l’on doit également la très belle voûte de la dernière croisée au fond de l’actuelle chapelle de la Vierge (clé sculptée représentant saint Germain). Quant au bras sud du transept il est achevé vers 1530 sous la direction de l’architecte Louis Poireau. Les vitraux qui les décorent sont réalisés dans les mêmes années par Jean Chastellain.

Vers 1541, les chanoines firent construire – par Pierre Lescot, architecte du Louvre – un jubé à l’entrée du chœur pour séparer ce dernier espace de la nef. Il était sculpté en pierre, comportait deux autels latéraux et était décoré de plusieurs bas-reliefs sculptés par Jean Goujon dont une Déposition du Christ (aujourd’hui au musée du Louvre). Il existerait deux images de ce jubé disparu : une à l’Ecole des Beaux-Arts et l’autre au département des Estampes de la Bibliothèque nationale de France.

Les travaux de construction terminés, l’église continua de s’embellir grâce aux fidèles paroissiens comme il était alors de coutume… Les chapelles furent décorées notamment de sculptures et de tableaux, mais aussi de nombreux objets destinés au culte : ciboires, tentures, chasubles, encensoirs, etc. Tous ces objets ont disparu à la Révolution ou ont été déplacés, à quelque très rares exceptions.

Les transformations du XVIIIᵉ siècle

En 1744, le chapitre des chanoines est intégré au chapitre de la Cathédrale du diocèse de Paris. Cela ne s’est pas fait sans protestation de la part des chanoines, mais la paroisse obtint gain de cause et a pu ainsi récupérer l’espace du chœur pour y déployer toute la liturgie de la communauté paroissiale et accueillir un plus grand nombre de fidèles dans de meilleures conditions.

Comme on avait déjà supprimé les vitraux au début du XVIIIᵉ siècle pour faire pénétrer la lumière dans l’église, les paroissiens ont voulu dès lors mettre le chœur “au goût du jour”. Ils ont confié ces travaux à Louis-Claude Vassé et Claude Bacarit pour lui donner un aspect plus “à l’antique”. Ils firent rajouter, entre autres, des cannelures aux colonnes, des guirlandes et des têtes d’anges, etc., toutes sortes de décorations que le siècle suivant, plus porté sur le pur style médiéval, tenta de faire disparaître. Les paroissiens supprimèrent également le jubé et on installa, pour le remplacer, la grille en fer forgé décorée de motifs de fleurs de lys et portant les initiales de saint Germain et saint Vincent. Cette œuvre de Pierre Dumiez, serrurier du Roi, subsiste aujourd’hui en place, car bien que démontée à la Révolution, elle a été réinstallée au XIXᵉ siècle.

Les tourmentes du XIXᵉ siècle et la restauration

A la suite des événements révolutionnaires, l’église est fermée au culte en 1793 puis transformée en fabrique de salpêtre. A partir de 1795, le clergé catholique constitutionnel (ayant signé la Constitution civile du clergé, faisant allégeance aux idées de la Révolution) rétablit la célébration du culte catholique dans l’église. Elle fut rendue au culte catholique avec le Concordat de 1802.

Mais les événements historiques devaient une fois de plus rejoindre notre église. Elle fut saccagée en 1831 par des partisans anti-légitimistes à la suite d’un service funèbre donné pour le repos de l’âme du duc de Berry, deuxième fils de Charles X (assassiné le 13 février 1820). A la suite de cet événement, au cours duquel les partisans s’en prirent également à l’évêché qui fut pillé, l’église dû être entièrement fermée jusqu’en 1845.

La restauration complète de l’église fut commencée plusieurs années après la fermeture et fut en grande partie financée par le curé d’alors, l’abbé Jean-Baptiste Demerson, représenté sur une fresque située au-dessus de l’ancienne porte de la sacristie (le curé est représenté à genoux, plaçant l’église sous la protection de saint Germain et de saint Vincent ; sur un socle est posé une maquette de l’église en bois sculpté et doré, ex-voto de la restauration de l’édifice entre 1836 à 1845). Plusieurs architectes sont intervenus dans cette restauration dont les plus célèbres sont Victor Baltard (1805-1874, il est entre autres l’architecte des anciennes Halles de Paris) et surtout Jean-Baptiste Lassus (1807-1857) qui a restauré la Sainte-Chapelle et Notre-Dame avec Eugène Viollet-le-Duc. La cérémonie de réouverture officielle de l’église eut lieu le 13 mai 1837, sous la présidence de monseigneur de Quélen, archêveque de Paris.

Entre 1840 et 1865, l’église continue d’être redécorée pour palier les disparitions et démolitions récentes : on installa de nouveaux vitraux aux fenêtres des chapelles, réalisés par Maréchal de Metz, Vigné, Etienne Thévenot (1797-1862) ou encore Antoine Lusson. Dans la chapelle d’axe, une verrière est installée, composée de panneaux sur le thème de la vie du Christ, inspirés de ceux de la Sainte-Chapelle. Les marguilliers ont également acheté des tableaux et ont fait la commande de plusieurs fresques dont la Descente de croix dans le transept sud peint par Joseph Guichard. Les autres fresques sont de Louis Couder, Jean-François Gigoux ou encore Victor Mottez. Ce dernier a réalisé les fresques qui décoraient le porche d’entrée (Jugement dernier sur le tympan), qui sont désormais recouverte d’un badigeon mais que l’on peut encore voir sur les photos anciennes.

C’est à la même époque, entre 1844 et 1845, que le peintre Eugène Amaury-Duval (1808-1885) est chargé de décorer la chapelle de la Vierge (ancienne chapelle de la paroisse), avec notamment sur le mur du fond une représentation de l’Arbre de Jessé surmonté du Couronnement de la Sainte Vierge.
L’église risqua plus d’une fois d’être entièrement rasée. Déjà sous Louis XIV, de grands projets prévoyaient de la rebâtir dans l’axe de la nouvelle façade orientale du palais du Louvre (dite aussi colonnade de Claude Perrault), puis le baron Hausmann, préfet de la Seine, envisagea de la démolir pour y faire passer une grande rue dont l’avenue Victoria (proche du Châtelet) en est l’embryon avorté. C’est notamment l’ancienneté de l’église et sa qualité artistique qui l’ont sauvée de la destruction spéculative.

Le grand nombre d’artistes qui participèrent à la restauration de Saint-Germain l’Auxerrois au XIXᵉ siècle ne faisaient que perpétuer la tradition de cette église désignée, depuis le règne de Henri IV, comme l’église des artistes qui, logés dans le palais du Louvre, devenaient automatiquement paroissiens de Saint-Germain l’Auxerrois. Avant la Révolution, en effet, elle abrita la sépulture de nombreux artistes, ce qui lui valut d’être appelée le “Saint-Denis du génie, de la probité et du talent “. Y furent enterrés, entre autres : Jacques Lemercier, architecte ; Jacques Ange Gabriel, architecte ; Charles Le Brun, peintre ; Jacques Stella, peintre, etc.

 

 

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L’église Saint-Germain l’Auxerrois par J.-K. Huysmans
(Texte Paru entre 1898 et 1905)

 

“Elle fut ronde comme le temple du Saint-Sépulcre à Jérusalem, et ceinte de fossés que remplirent de leurs cadavres les Normands qui l’assiégèrent, l’église que fonda, au VIᵉ siècle, à Paris, saint Landry, sous le vocable de Saint-Germain d’Auxerre. Celle-là, c’est l’aïeule. Cent ans après sa naissance, elle tombait de vétusté ; le roi Robert la jeta bas et en reconstruisit à sa place une nouvelle église ; celle-là c’est la mère. Elle devint, à son tour, caduque et, au XIIIᵉ siècle, sur ses ruines, naquit l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois. Celle-là, c’est la fille ; elle vit encore.

Son enfance fut troublée ; elle grandit rapidement d’abord, puis sa croissance s’arrêta pendant un siècle et ne reprit qu’après. Le portail et le chœur étaient achevés à la fin du XIIIᵉ siècle. Le XVᵉ érigea le porche, la nef, les collatéraux du chœur et le transept ; le XVIᵉ réédifia les chapelles, changea les dispositions du chevet, dressa le portail qui s’ouvre à gauche de l’abside sur la rue de l’Arbre-Sec, déroula devant l’autel un mirifique jubé bâti par Pierre Lescot et sculpté par Jean Goujon ; et l’église, parvenue à sa pleine maturité, devint, grâce au voisinage de la Cour, la plus fastueuse et la plus fréquentée de Paris.

Vint le XVIIᵉ siècle qui, méprisant son allure gothique, omit de la dénaturer ; mais, moins dédaigneux, le XVIIIᵉ, qui la jugeait de forme désuète, résolut de la rajeunir.

En 1754, le curé et les marguilliers commencèrent par faire démolir le jubé, mais cette destruction ne modifiait pas la mine restée, pour eux, barbare, de la nef, et ils recoururent à un nommé Bacarit, architecte des écuries du Roi, en le priant de la civiliser. Il apprêta un plan, et le soumit à l’Académie des Beaux-Arts qui, dans un élan d’enthousiasme, s’écria que cet habile homme “savait marier de la manière la plus heureuse, le genre moderne avec le gothique de l’église qu’il avait à décorer”.

Et l’effrayante ganache se mit à l’œuvre. Ne pouvant, à son grand regret, faute d’argent, tout saccager, il dut se borner à canneler les colonnes du chœur, à remplacer la flore symbolique des chapiteaux par d’insignifiantes guirlandes de feuillages et de fleurs, enfin à altérer les contours des croisées qu’il débarrassa de leurs magnifiques vitraux pour les habiller d’une claire vitraille qui fit se pâmer tous les chanoines d’aise.

Et Saint-Germain n’en continua pas moins d’être gothique. Bacarit ne parvint pas à transmuer la douce orante du moyen âge en une Manon plus ou moins pieuse ; les traits reparaissaient sous le grimage ; ne pouvant obtenir mieux, il songea à esquinter l’extérieur et il abattit la flèche et ses quatre clochetons et installa sur le tronçon demeuré du fùt, une balustrade de pierre qui donna au sommet de la tour l’engageant aspect d’un balcon ; puis, après un tel labeur, il se reposa et s’éteignit sans doute, chargé d’ans et de gloire, dans la paix du Seigneur, qu’il avait, avec des travaux de ce genre, si fidèlement servi.

Débarrassé de son bourreau, Saint-Germain l’Auxerrois vivait placidement quand la Révolution surgit. Alors ce fut autre chose. On ne l’affubla plus de travestis plus ou moins disparates, mais on la dénuda. Ce fut le pillage, ce après quoi le sanctuaire fut fermé ; l’on installa dans ses dépendances une mairie et l’on usa de sa nef comme d’un hangar pour y gonfler des ballons. Il semblait que la série des déprédations fût close lorsque s’effondra le régime des Jacobins, mais Napoléon, qui se mêlait de tout, s’occupa de ce malchanceux édifice et projeta tout simplement de le raser. Heureusement qu’il n’eut pas le temps d’exécuter ce dessein et, en 1837, l’église, réouverte, fut réconciliée par Mgr de Quélen, archevêque de Paris, et l’on s’efforça dès lors, sous prétexte de panser ses blessures, de les ranimer.

On la para, en effet, de flasques peintures et de redoutables vitres ; mais si déformée, si réparée qu’elle puisse être, elle est encore charmante ; son intérieur est un des plus intimes, des plus vraiment religieux qui soit à Paris et son extérieur demeure un régal d’art.

Le portail du XIIIᵉ siècle est encore debout, avec sa baie médiane datée de ce temps et les deux autres du XVᵉ ; quant aux sculptures représentant, ainsi que sur presque toutes les façades des cathédrales, le Jugement dernier, le pèsement des âmes, le sein d’Abraham, l’enfer des démons, avec l’épisode habituel des vierges sages et des vierges folles, elles ont disparu ou ne subsistent plus qu’à l’état d’épaves et de rudiments ; mais six grandes statues rangées dans les ébrasures de la porte du milieu ont été refaites et repeintes ; à gauche, en entrant, saint Vincent, diacre et martyr, un livre à la main ; puis un roi barbu portant un sceptre, et une reine que de Guilhermy croit être Childebert et Ultrogothe ; à droite, saint Germain crossé et mitré ; sainte Geneviève tenant un cierge qu’un petit diable placé au-dessus d’elle s’efforce de souffler, enfin un ange souriant, un flambeau au poing, prêt à rallumer, s’il s’éteint, le cierge de la sainte.

La voussure, au-dessus des vantaux, détient encore trois cordons de personnages, anges, démons, ribaudes et vierges ; le portail a, en somme, gardé quelques mots d’une phrase effacée par le temps et qu’il est facile de reconstituer, car elle est écrite au complet sur la façade des autres églises, mais le trumeau pilier récemment rétabli au-dessous d’elle est inexact, car il supporte, au lieu du Christ d’antan, une Vierge neuve.

Si l’on ajoute que des fresques modernes d’un nommé Mottez ont rempli les espaces demeurés vides, mais que l’on ne discerne plus de cette inutile peinture que des écailles craquelées de badigeon, l’on aura ainsi une idée précise du portail, tel qu’il existe à l’heure actuelle.

Il est précédé d’un porche à cinq baies ogivales couronnées de balustres et de combles fleuronnés, construit, en 1425, par Jean Gaussel. De toutes les statues qui le peuplent, deux seulement sont authentiques, toutes les autres ont été fabriquées de nos jours. Ces deux statues représentent, l’une, située à la fin du porche et faisant face à la place du Louvre, près de la rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois, un saint François d’Assise énasé et manchot, à la figure mâchurée par l’âge ; l’autre, sise du côté opposé et regardant la grande porte, une Marie l’Égyptienne enveloppée de ses cheveux qui ont conservé des traces d’or ; elle tient les trois pains qui doivent l’alimenter dans le désert et penche mélancoliquement une petite tête ronde dont les yeux sont clos.

Au-dessus de ce porche, se dresse, entre deux élégantes tourelles carrées, la façade trouée d’une rose flamboyante, terminée par un pignon triangulaire, planté, sur sa pointe, d’un ange. Derrière, le vaisseau s’étend, flanqué de contreforts, hérissé de gargouilles, habité par une amusante ménagerie qui exhibe depuis des siècles, entre ciel et terre, les êtres les plus hétéroclites et les bêtes les plus cocasses. Il y a de tout dans cette kermesse de la pierre, des mendiants et des fous, un hippopotame qui rend par la gueule un sauvage, des singes et des griffons, des ours à muselières, des truies allaitant des ribambelles de gorets, des rats sortant, ainsi que d’un fromage de Hollande, de la boule du monde et guettés par un chat, ce qui signifie que les brigands qui dévastent la terre seront la proie du Démon.

L’intérieur vaut, lui aussi, que longuement on le visite ; tous les styles s’y coudoient. Il a été tellement défait et refait qu’il paraît un peu incohérent, mais ce côté hagard est délicieux quand on le compare à la monotone régularité des églises neuves !

La nef gothique de quatre travées est coupée d’un transept percé d’une porte à chaque bout ; celle de gauche est condamnée, celle de droite s’ouvre sur la rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois, en face du bureau du Journal des Débats. L’on a installé, au milieu de son allée un bénitier exécuté sur les dessins de Mlle de Lamartine, des mioches paradant autour d’une croix ; c’est de l’art pour la rue Saint-Sulpice, mais il ne dépare pas la misère ornementale des murs brossés, par un sieur Guichard, d’inexcitantes fresques.

Le long de la nef et du chœur, à partir de l’entrée, de nombreuses chapelles s’enfoncent entre les contreforts des murs, huit à gauche et quatre à droite. A gauche, d’abord, la chapelle des fonts baptismaux, dite de saint Michel, puis celles de saint Jean-Baptiste, de sainte Magdeleine, de Notre-Dame de Compassion — celle-ci touche au transept, après lequel se trouvent la chapelle de saint Louis, où réside le Saint-Sacrement — celles de saint Vincent de Paul, de saint Charles Borromée, où un hideux vitrail assigne à cet élu la tête d’un moricaud, enfin celle de saint Denys, saint Rustique et saint Éleuthère — et nous atteignons la petite porte de la rue de l’Arbre-Sec donnant sur l’abside.

Parmi ces minuscules chapelles, une seule est intéressante, celle de la Compassion, qui fut, pendant plus d’un siècle, la chapelle du Conseil d’État, car elle détient un superbe retable flamand en bois, de la fin du XVᵉ siècle, provenant de la collection dispersée de M. de Bruges-Duménil ; divers épisodes de la vie de la Vierge et de la Passion y sont sculptés ; malheureusement on ne le voit guère, la croisée qui devrait l’éclairer étant obscurcie par des vitres modernes à la fois sombres et violentes, qui ne laissent filtrer aucune lueur.

A droite, maintenant, en partant de l’autre côté de l’abside dont nous parlerons tout à l’heure, la sacristie occupe la place de plusieurs chapelles, et les petits oratoires qui la suivent, en descendant avec le chœur, sont dédiés aux saints Apôtres, à saint Pierre, aux Pères et aux Docteurs de l’Église dont deux, saint Léon et saint Grégoire le Grand, sont, en leur qualité de premiers rôles, en vedette sur l’affiche des vitres ; puis succédant à ces réduits si exigus que le confessionnal les emplit, avec un autel, tout entiers, une très élégante porte du XVᵉ siècle surmontée d’une exquise Vierge en bois peint de la même époque, une Vierge dolente et frileuse, mais perchée si haut que dans l’ombre des voûtes on la remarque à peine ; et vient le transept de la rue des Prêtres ; cette allée franchie, toute la place des quatre chapelles situées en vis-à-vis, de l’autre côté de la nef, est ici prise par une seule, par la chapelle de la Sainte-Vierge, entourée d’une boiserie qui la cache aux yeux et munie d’une porte close, afin d’empêcher tous ceux qui voudraient venir la prier d’y pénétrer.

Une église où la chapelle de la Vierge n’est pas accessible aux fidèles, c’est un comble ! Que penser des curés qui mettent ainsi dans leur église la Madone au rancart ? La raison invoquée de ce monstrueux interdit est que ce lieu sert parfois de chapelle pour les catéchismes. Eh ! qu’ils le fassent, leur catéchisme, dans les greniers, dans les caves, chez eux, où ils voudront, mais qu’ils démolissent ce rempart de menuiserie, qu’ils laissent en tous les cas la porte ouverte lorsque leurs quatre pelées et leurs trois tondus n’y sont pas !

D’autant qu’elle est délicieuse cette chapelle ! Intime et recueillie, elle se pare d’un autel contenant des reliques de saint Denys, de saint Célestin et de saint Benoît, au-dessus duquel est incrusté un antique retable de pierre figurant l’arbre de Jessé dont les fleurons et les branches serpentent autour d’une belle statue de Vierge du XIVᵉ siècle qui appartint jadis au presbytère de Radonvilliers, en Champagne, le tout se détachant sur des fresques peintes par Amaury Duval ; mais une bienfaisante obscurité permet de les distinguer mal.

Pour être complet, citons, dans la nef, en face de la chaire, une énorme machine en bois monté, pourvue de colonnes et coiffée d’un baldaquin, exécutée sur les dessins de l’emphatique Lebrun et qui servait de siège au Roi quand il assistait à la messe ; et une grille en fer forgé du XVIIIᵉ siècle qui fut très réparée et privée de ses fleurs de lys ; et revenons à l’abside qui est, selon moi, la partie la plus savoureuse de Saint-Germain-l’Auxerrois, car l’on peut s’y croire en même temps dans un oratoire de la fin du XVᵉ siècle et dans une église de campagne de nos jours.

L’on dirait que l’odeur particulière de tout l’édifice s’y concentre. Et en effet, lorsqu’on entre dans Saint-Germain, on y hume une senteur spéciale qui n’existe, semblable à Paris, que dans un autre sanctuaire, celui de l’Abbaye-au-Bois de la rue de Sèvres, certains jours, — une senteur de salpêtre relevée par une très fine pointe de cire consumée et d’encens. Là, dans l’abside, cet arome d’églisette de village, le dimanche, après le Salut, persiste surtout par les temps de pluie et vous aide à vous transporter bien loin de Paris et de cette place du Louvre, devenue l’un des plus bruyants lieux de rendez-vous des voitures à vapeur et des tramways.

Parfois, lorsque l’heure sonne à la tour voisine, le carillon qui l’accompagne de son cliquetis de verre brisé, vous suggère l’idée que l’on prie dans une église des Flandres. Et ces avatars successifs d’alentours — de sanctuaire Renaissance, de chapelle de village et d’église flamande — font vraiment de cet obscur refuge un tremplin unique à Paris, de rêves.

Pour rester dans la réalité, l’on peut dater des débuts du XVIᵉ siècle cette abside ; elle est biscornue, de forme divagante ; la vérité est que ses chapelles sont refoulées, d’une part, par l’alignement de la rue qui les cerne ; de l’autre, elles sont entamées par le presbytère et la sacristie, si bien qu’elles vont de guingois, plus larges ou plus longues les unes que les autres.

Celles des deux bouts sont de vagues réduits, des carrés irréguliers dont les lignes verticales s’évasent ; les autres suscitent la pensée, là où sont percées les fenêtres, d’un triptyque ouvert, aux deux volets revenus en avant, pas repliés par conséquent le long du mur, avec une niche romane au-dessous de chacun des volets. Il y a, en effet, sous les deux croisées des coins, deux petites cavernes aux voûtes en arc, creusées dans le bas des murailles et que l’on a remplies tant bien que mal, avec des pieuses statues de la rue Bonaparte, dont l’obscurité et la poussière effacent, Dieu merci, les traits.

Ces chapelles sont au nombre de cinq ; leur réunion dessine un demi-cercle à la ligne cabossée du haut ; elles sont placées sous le vocable de sainte Geneviève, des saints patrons du lieu : saint Vincent et saint Germain, du Tombeau, de la Bonne Mort et de saint Landry.

Les deux branches finales du demi-cercle s’appuient, la première sur la porte de sortie de la rue de l’Arbre-Sec, la seconde sur la porte de la sacristie, ornée de fresques dont une, un saint Martin à cheval tranchant son manteau pour en donner la moitié à un pauvre, est due à ce Mottez qui décora le grand portail de ses badigeons qu’effacèrent, pour l’allégresse des artistes, de secourables soleils et de propices pluies.

De la chapelle Sainte-Geneviève, absolument sombre, tendue de toiles gondolées, teintes au cirage, rien à dire ; de là chapelle des Saints Patrons où s’érigent dans une niche le tombeau de la famille des marquis de Rostaing, agrémenté de deux seigneurs qui vous regardent à genoux et l’air béat, et, près de la rampe de communion, de deux statuettes neuves de sainte Anne et de saint Antoine de Padoue, tout se pourrait également omettre si ces fenêtres ne détenaient peut-être avec celles de la chapelle voisine de la Bonne Mort, les seuls vitraux modernes qui, par leur sens de la symbolique, par leur science des tons, par leur étampe vraiment personnelle d’art, méritent qu’on s’arrête devant eux et valent qu’on les loue.

Dans ce Saint-Germain-l’Auxerrois qui n’a gardé, en fait de verrières anciennes que quelques panneaux du XVe et du XVIe, siècle, insérés dans les baies gothiques ou renaissance du transept et dans les roses, des panneaux dont les chairs des personnages sont le fond blanc même de la vitre et les vêtements de grandes taches de gomme-gutte de rouge lourd, de vert rude et de bleu dur — des carreaux fabriqués sous la Monarchie de Juillet bouchent toutes les ouvertures pratiquées dans les bas côtés de la nef.

Et toutes les monographies exaltent un affreux vitrail, exécuté dans la chapelle des Apôtres sur les dessins de Viollet-le-Duc ; toutes citent à l’envi les œuvres de Maréchal de Metz, amusantes par leur vert pistache et leur rose turc, peu usités dans les arts du feu, mais peintes comme de la peinture ordinaire, avec des couleurs si peu adhérentes, si mal cuites qu’elles s’éraillent à fleur de vitre et laissent pénétrer, ainsi que de vulgaires carreaux, le jour. Ce sont des aquarelles diaphanes, des peintures vitrifiées, c’est tout ce que l’on voudra, sauf des vitraux.

Plus réelles, seraient les imitations de la sainte Chapelle œuvrées par Didron dans la chapelle du Tombeau ; celles-là on les adule aussi, mais personne ne parle de ce Thévenot qui a décoré les fenêtres des Chapelles des Saints-Patrons et de la Bonne Mort.

Dans la première, le tableau du milieu qui a, je l’ai dit, la forme d’un triptyque ouvert, les volets poussés sur leurs gonds en avant, comprend une Vierge couronnée et le Christ entre deux anges, le volet de gauche un saint Vincent, celui de droite un saint Germain. Ce sont de hautes figures très hiératiques, dans un modernisme un peu campagnard, car elles ont dans la tournure, dans la mine, d’abord presque déplaisantes, quelque chose d’agreste et de très simple. Les couleurs sont profondes, d’une ardeur tempérée, quasi sombre. Le rouge est un rouge cerise ; les violets et les verts très nourris de bleu discret sont graves, les ors sont sauré, mais la plus belle teinte, en dehors d’un chamois clair, est celle du manteau de saint Germain, une teinte qui tient du brun violi de la robe du carme et de ce brun rougeâtre connu dans la céramique sous le nom de foie de mulet ; il est à la fois somptueux et austère ; les grands verriers du moyen âge n’ont pas fait mieux.

Ces mêmes couleurs, nous les retrouvons dans la chapelle de la Bonne Mort, mais là, en plus de la personnalité singulière de ses figures, Thévenot se décèle comme un homme très au courant de cette vieille science de la symbolique chrétienne, si parfaitement omise par les vitriers et les architectes de nos jours. Il s’agissait d’historier les lueurs qui doivent éclairer une chapelle funéraire et il disposait sur le panneau de face de quatre places et sur chacun des panneaux de côté, d’une ; il a ordonnancé l’ensemble de la sorte : Au milieu, il a peint dans les quatre compartiments sur un fond de gris perle strié, dans une bordure de chardons d’Ecosse, saint Joseph tenant un lys, la Vierge couronnée d’étoiles, le Christ bénissant le monde, saint Michel, un étendard et une balance à la main, le pied sur le démon.

Dans le volet de gauche, un être barbu, étrange, coiffé d’une espèce de turban déroulé, nimbé d’une auréole orange, fastueusement vêtu d’une robe grenat brodée de ramages d’or, chaussé de violet, tient d’une main un vase de parfums et s’appuie de l’autre sur une bêche.

Dans le volet de droite, un saint Pierre, pieds nus, la tête cerclée d’un halo, croise sur sa poitrine ses deux clefs.

Et la phrase figurée sur ce triptyque de vitraux est facile à lire. Cet être à l’allure bizarrement héraldique, qui porte, tel que Magdeleine dans les tableaux des Primitifs flamands, un pot d’aromates et est muni d’une bêche, c’est saint Tobie, tout à fait inconnu de nos jours mais célèbre au moyen âge, car il était alors le saint des sépultures, le patron des fossoyeurs qui l’avaient choisi à cause des paroles que, dans la Bible, l’ange Raphaël lui adresse : “… Lorsqu’à minuit tu enterrais les morts … c’est moi qui présentais tes prières au Seigneur…”

Il est préposé aux soins de la dernière heure, il s’occupe du corps, tandis que, de l’autre côté du Christ, saint Michel pèse dans sa balance le poids des vertus et des fautes et présente la pauvre âme désincarnée au Seigneur, auprès duquel intercèdent saint Joseph et la Vierge, alors que, plus loin, saint Pierre attend pour ouvrir les portes du ciel et recevoir l’élue.

Tous les célestes acteurs du drame qui commence à la descente de la dépouille mortelle dans la terre, pour finir à l’entrée de l’âme dans le Paradis, sont réunis en ce lieu et font, en quelque sorte, le récit du Jugement, après la mort.

Parmi ces personnages, en sus du Tobie si curieux, il en est deux remarquables par leur aspect rigide et familier, la Vierge et le Christ. Ils ont dans les mouvements, dans les traits surtout, quelque chose de fruste et de net qui fait songer aux types de certaines de ces admirables illustrations des Misérables d’Hugo que dessina Brion. C’est un peu le même art, sobre et éloquent dans sa simplesse même.

Qu’est ce Thévenot, si délibérément oublié par la critique de notre époque ? O. Merson, dans son livre sur les vitraux, le représente comme ayant vécu à Clermont-Ferrand et ayant restauré les verrières de Bourges. Ottin, dans son Histoire du Vitrail, lui consacre juste trois mots. Thévenot — Clermont — 1834. J’ai trouvé, d’autre part, une brochure signée de son nom suivi de ce titre : “chef d’escadron”, un essai historique sur le vitrail paru, en 1837, à Clermont. Il s’y révèle tel qu’un homme épris de son art et plein d’enthousiasme pour les verriers des grands siècles.

Et c’est tout ce que j’ai pu recueillir sur son compte.

De ces deux chapelles ainsi parées de vitres intelligentes, la plus quiète, la plus douce, est, selon moi, celle de la Bonne Mort. De vagues peintures et des inscriptions gothiques tracées en lettres d’un or qui s’efface, s’aperçoivent confusément dans l’obscurité lorsqu’on allume un petit cierge ; l’autel est surmonté d’un ancien bas-relief de pierre représentant une mise en tombeau, mais ce qui évoque la senteur d’une chapelle de village dans ce petit coin, c’est le délabrement de la pierre rongée par l’humidité, la tristesse du tapis qui se décolore, la poussière accumulée dans les deux niches de côté, sur une Pietà de Bonnardel et une moderne statue de saint Joseph, c’est la misère même des vieux prie-dieu de paille accumulés devant la rampe.

Les types un tantinet rustiques adoptés par Thévenot sont vraiment en accord avec les alentours.

Ah ! s’il est un endroit propice pour s’écheniller la conscience, c’est bien celui-là ! Aucun bruit dans l’ombre qui vous entoure ; c’est à peine si, de temps à autre, une ombre de vieille femme vient s’abattre sur une chaise ou s’accouder contre un pilier. Il y a si peu de visiteurs.

Moins intéressante est la dernière chapelle de l’abside, celle qui confine à la porte de la sacristie et qui est dédiée à saint Landry ; elle a été récemment nettoyée ; on y a planté les monuments funéraires des d’Aligre, et sorti des ténèbres où elles dormaient des fresques du sieur Guichard, dont le réveil ne suscite aucun réconfort : celles badigeonnées par le même peinturlureur sur les murs du transept suffisaient.

Et le tour de l’édifice est accompli. Ce pauvre Saint-Germain-l’Auxerrois, si désert et si pauvre, quand l’on songe qu’il fut jadis l’un des sanctuaires les plus opulents et les plus renommés de Paris ! Paroisse des rois de France, logés en face de lui, au Louvre, il baptisa les enfants des reines, et le dimanche de Pâques-fleuries de l’an 1594, le roi Henri IV y donna le pain bénit et suivit, une palme au poing, la procession qui se déroulait dans les bas-côtés de la nef et du chœur. Tout cela est bien changé ; la paroisse est devenue la paroisse de la Mode ; elle est enserrée par les magasins du Louvre, de la Belle-Jardinière, du Pont-Neuf et de la Samaritaine. Ce dernier touche presque maintenant l’église, car la livrée bleue de ses devantures s’étend jusque dans la rue de l’Arbre-Sec, devant l’abside, là où le brave bourgeois qui alloua des fonds pour la faire rebâtir, messire Jehan Tronson, drapier de Paris, y fit apposer sa signature, dans une frise, sous le toit, en adoptant la forme d’un rébus figuré par des tronçons de carpes.

Même au temps où les rois habitaient le palais du Louvre, le commerce des draps aidait à embellir l’église ; il venait en aide aux bourses des souverains souvent sèches. Il n’y a plus de rois, mais je crois bien que les grands industriels des draperies s’occupent moins que leur ancêtre Tronson, des besoins du culte ; cette observation n’est pas un reproche, car il est certainement très heureux qu’il en soit ainsi. S’ils désiraient, en effet, faire réparer ou orner leurs sanctuaire, ils seraient bien forcés de s’adresser, comme l’État dont ils prendraient la place, à de dangereux architectes et à de nuisibles peintres ; et que resterait-il alors du charme dolent et désuet de cette très douce église ?”

 

Joris-Karl Huysmans, Les églises de Paris
Paris, éd. de Paris, 2005