Messe à la mémoire du Roi Louis XVI et des martyrs de la Révolution

Eglise Saint-Germain l’Auxerrois de Paris
Lundi 21 janvier 2019

 

Comme chaque année, la messe a été célébrée le lundi 21 janvier 2019 en l’église Saint Germain l’Auxerrois de Paris, paroisse des rois de France, pour le repos de l’âme du roi Louis XVI et de tous les martyrs de la Révolution française.

 

Sermon de Monsieur l’Abbé Guillaume de Tanoüarn

Monsieur le curé,
Monsieur l’abbé,
Mes bien chers frères,

 

Nous sommes réunis dans cette église, qui est la paroisse des rois de France, l’église voisine du Louvre et qui lui sert de chapelle. Nous célébrons, en ce 21 janvier 2019, le 226ème anniversaire de l’assassinat inique du roi Louis XVI. Certains verront dans cette commémoration une manière de régler des comptes entre partisans et adversaires de la Révolution française, faisant de cet anniversaire une affaire humaine, trop humaine. En réalité cette mort n’a rien à voir avec des considérations politiques. D’ailleurs, Louis XVI en son temps, n’était pas hostile au courant populaire et à la quête des élites, au nom de quoi va s’accomplir la Révolution française.

C’est un roi moderne. Convoquant les Etats généraux, il a conscience, contrairement à sa femme Marie-Antoinette, que l’absolutisme louis-quatorzien ne fonctionnera plus. Il mène une politique internationale audacieuse et éclairée, refusant la guerre sur le Continent européen, poursuivant la politique d’alliance avec l’Empire autrichien, alliance que signifie son propre mariage avec une princesse Habsbourg. Il sait que dans la nouvelle mondialisation qui commence dans le vaste mouvement d’européanisation du monde, l’adversaire principal est l’Angleterre et, malgré le honteux traité de Paris signé par son prédécesseur en 1763, il croit aux chances de ce que les historiens appellent l’Europe française, l’Europe de la douceur de vivre, de la culture et du talent, rayonnant sur le monde. C’est dans cette perspective qu’il contribue à faire naître les Etats unis d’Amérique et qu’il soutient personnellement les voyages scientifiques de Bougainville et de La Pérouse, dont il demanda des nouvelles au pied de la guillotine.

A l’opposé, reprenant, eux, avec la haine traditionnelle pour l’Autriche et l’Autrichienne, la vieille politique de l’hégémonie sur le Continent, la Révolution et l’Empire en vingt-cinq ans de guerre, provoqueront pour la France, ce que l’historien Pierre Chaunu a appelé le grand déclassement. Louis XVI était le contraire d’un roi ringard. Ce qu’on lui reproche n’est pas d’ordre politique, d’autant que sous ce « roi bienfaisant », comme on disait à l’époque, le Royaume n’avait jamais été aussi prospère.

La mise à mort du roi n’intervient pas pour des raisons politiques mais pour une raison symbolique, qui, au fond, est religieuse. C’est l’ancien ordre chrétien français que l’on vise à travers lui, parce qu’il en est la clé de voûte. La légitimité du souverain va bien au-delà de sa personne, elle est un principe, le principe d’une autorité qui est au-delà de toute potestas, qui n’est pas issue du décompte rationnel des voix. Au-delà de tout pouvoir purement juridique, la popularité du roi, que l’on vérifiera encore le 15 juillet 1789 durant sa visite à Paris, lui confère une véritable auctoritas. Si l’on s’en tient à l’étymologie de ce mot, l’auctoritas (du verbe latin augeo) c’est la capacité de faire grandir le domaine que l’on a reçu en héritage. Eh bien ! C’est le principe même de ce progrès honnête, de ce développement cohérent, qui est attaqué par les Montagnards et autres ultras de la Révolution, qui ont voulu sa mort. Au nom du nouveau Contrat social, ils ont voulu faire comme si la France avait commencé en 1789. Il s’agit de faire table rase du passé pour imposer un nouvel imperium – celui de l’Idée républicaine. Dans une telle configuration, Louis XVI était de trop. Il sera la première victime de cette volonté suicidaire de tout reprendre à partir de zéro. On le guillotine pour le seul motif qu’il est le roi, c’est-à-dire, dans l’esprit des régicides, qu’il est le passé.

Nous ne sommes pas réunis seulement pour prier pour le salut de son âme. Depuis tant d’années que l’on célèbre partout en France des messes à son intention, chaque 21 janvier, ce serait bien le diable si ce digne fils de saint Louis n’était pas au ciel. Il ne s’agit pas non plus pour nous de cultiver je ne sais quelle nostalgie « restaurationniste ». Nous ne sommes pas sur radio-nostalgie. Il ne s’agit pas de restaurer mais de reconstruire ce pays, qui doit – pour intégrer les populations immigrées qui frappent à sa porte et pour sortir du chaos migratoire, retrouver la fierté de ses racines chrétiennes, de ses richesses spirituelles… Il faut donc d’abord, ici et maintenant, dans cette église Saint Germain l’Auxerrois, prier pour la France, plus que jamais en crise, la France que beaucoup aimeraient bien envoyer à la casse, cette France que le roi Louis XVI a su incarner et dont l’héritage semble parfois comme en déshérence.

A travers le roi Louis XVI, dont l’assassinat fut avant tout un sacrilège, à travers les ecclésiastiques massacrés ici à Paris dans les trop fameux massacres de septembre 1792, je pense aussi aux ecclésiastiques déportés de façon inique sur les pontons de Rochefort, qui mouraient en masse de la précarité de vie qui leur était imposée, à travers tous ces martyrs, nous voulons honorer et retrouver ces racines dont la France a plus que jamais besoin pour demeurer elle-même. Nous sommes à un tournant ; un inventaire des richesses spirituelles de la France est plus que jamais nécessaire

Je me permets une petite anecdote personnelle. Hier soir, j’ai discuté longuement avec un chauffeur de taxi tunisien, qui me disais – ce sont les mots qui lui appartiennent, ce ne serait pas forcément les nôtres : « Vous les catholiques, tenez votre pays ». Il ne s’agit pas de tenir notre pays comme on tient un pays conquis ni d’imposer nos valeurs mais simplement de nous faire entendre et de témoigner de ce que nous sommes et des richesses spirituelles dont nous sommes porteurs. Jusqu’ici, nous avons voulu construire un vivre ensemble impossible, sur un agnosticisme, sur un athéisme qui ne correspondent en rien aux populations accueillies, que l’on ne peut pas partager avec elles. Nous avons construit sur du vide. De plus en plus de politiques en prennent conscience. Comme dit le vieux cantique « c’est par sa foi qu’un peuple est grand ».

Je ne parle pas d’une foi confessionnelle ou d’une volonté expansionniste de l’Eglise. Je ne prêche pas pour ma crèmerie. Je parle de ce christianisme des valeurs qui a fait l’histoire française et qui peut ou qui doit continuer à la faire. C’était le vœu de Louis XVI à ses derniers instants. C’est l’objet du testament qu’il nous a laissé, beaucoup plus religieux que politique, dans lequel le roi prie pour la France chrétienne. Nous entendons son aumônier anglais, l’abbé Edgeworth lui dire : « Fils de saint Louis montez au ciel ». Et nous voulons, nous, que cet esprit de la France chrétienne demeure, sous quelque forme que ce soit, sur notre terre.

 

Abbé Guillaume de Tanoüarn
Le lundi 21 janvier 2019