Samedi 3 mars 2018  –  11 h 00
Eglise Saint-Germain l’Auxerrois

 

Une messe à la mémoire de la reine Blanche de Castille, épouse de Louis VIII dit “Le Lion”, régente de France et mère de saint Louis a été dite le 3 mars 2018 en l’église Saint-Germain l’Auxerrois, à la demande de l’Association Oriflammes.

 

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Homélie
prononcée par l’Abbé Xavier CHAMPAGNE-DEUVE, IBP 

 

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Ainsi soit-il.
Messieurs les abbés, membres de l’Association, bien chers fidèles,

 

En 2014, l’association Oriflammes, qui organise aujourd’hui cette messe, prenait part aux commémorations de l’année jubilaire Saint-Louis, célébrant le 800ème anniversaire de la naissance et du baptême du saint roi. À cette occasion, l’association avait notamment organisé une procession et nous avions vu déambuler dans les rues de la capitale une foule nombreuse, en marche vers Notre-Dame, derrière la statue de saint Louis.

À la joie de beaucoup, à cette occasion, nous avions aussi assisté à la rencontre émouvante, aux portes de la cathédrale, de deux descendants de saint Louis, Monseigneur le prince Henri d’Orléans et Monseigneur le Prince Louis-Alphonse de Bourbon. Tous deux assistèrent à la cérémonie de vénération de la Sainte-Couronne d’épines, cette couronne rapportée de Terre Sainte par leur ancêtre et accueillie à Paris l’année 1239.

Après avoir célébré saint Louis, il peut paraitre opportun de mettre à l’honneur, cette année, la mère de celui que nous honorions dans les rues de la capitale il y a tout juste quatre ans; une reine de France, espagnole par sa naissance, française par son mariage, mère de Saint Louis, Blanche de Castille (1188-1252).

Mais si le lien entre ces deux personnages de notre histoire nationale est évident, ce n’est pas la raison principale pour laquelle Blanche de Castille est mise à l’honneur aujourd’hui. Bien plus, c’est avant tout pour ces qualités d’épouse et de mère affectionnée, de femme d’état deux fois régente et de reine chrétienne. Et si nous ne prions pas publiquement Blanche de Castille, du moins pouvons-nous observer, avec intérêt et respect, les vertus dans lesquelles elle excella et qui firent d’elle une mère et une reine regrettée.

 

ÉPOUSE ET MÈRE :
Dans cette série de manuscrits retraçant l’histoire des Rois de France, que l’on nomme Grandes Chroniques de France, se trouve une enluminure représentant le sacre de Louis VIII et Blanche de Castille – sacre qui eut lieu à Reims, en l’année 1223. L’artiste, sur fond de tentures et tapis fleurdelisés, a représenté la scène du couronnement. Mais c’est véritablement plus de vingt ans plus tôt, par son mariage avec le futur Louis VIII, en 1200, que Blanche de Castille, accompagnée de sa grand-mère Aliénor d’Aquitaine, est entrée dans l’histoire de France, à la cour de Philippe-Auguste.

Une éducation partagée, une enfance vécu côte à côte dès le début de leur adolescence, mais aussi de bonnes dispositions de caractère, aussi bien chez Louis que chez Blanche, ont permis, entre les deux êtres promis l’un à l’autre, qui ne s’étaient pas choisis, une complicité et une intimité qui trouva plus tard son épanouissement dans un amour profondément sincère et respectueux. Les marques d’affection et les sentiments ne manquèrent pas et l’on trouve dans les diverses biographies nombre de témoignages de leurs contemporains qui l’attestent: leur union fut sans nuage et les liens d’amour qui les unissaient étaient tels qu’il rendit les deux époux suffisamment fort pour surmonter les épreuves qui allaient plus tard se présenter à eux. Cet amour sincère, n’en doutons pas, se double, chez les deux époux, d’une foi profonde, si bien que l’on peut dire que leur mariage est vécu vraiment chrétiennement dans la fidélité et la chasteté: Dieu est là, présent, au milieu de leur foyer, au milieu de leur amour, au sein même de leur complicité.

Vous le savez, parmi les devoirs des époux, l’un envers l’autre, se trouve le soutien moral et matériel. En cela, nous pouvons dire que Blanche a toujours été, autant qu’elle le put, au côté de son mari comme un appui loyal et dévoué.
Elle fut, par exemple, pour lui un avocat, pour ainsi dire un intercesseur, jusqu’auprès du roi Philippe-Auguste, son beau-père, notamment dans l’affaire de succession au trône d’Angleterre, où son époux se trouvait soudainement en difficulté sur cette terre étrangère. Déterminée à venir en aide à son époux, Blanche arriva à faire revenir le roi sur sa décision initiale de ne pas intervenir.
Mais, dans cette affaire, son soutien ne fut pas seulement moral. Elle n’hésita pas, en effet, à faire le voyage de Paris à Calais et à organiser une expédition maritime pour secourir son cher mari. Elle montra dans cette affaire, non seulement l’amour sincère qu’elle vouait à son époux, mais aussi son énergie, l’autorité dont elle était capable, sa détermination et l’ascendant qu’elle pouvait avoir, bien que femme, dans le domaine politique.

A l’affection que Blanche vouait pour son mari, il ne faut pas manquer de noter la tendre affection qu’elle portait à chacun de ses enfants. Mère, Blanche le fut douze fois. Mais elle connut là, si je puis dire, son lot de malheurs. Car, en effet, sur ces douze enfants, seulement cinq atteignirent l’âge adulte, quatre ne vécurent que quelques jours, et trois moururent avant leur treizième année. Nous pouvons, il me semble, sans difficulté, nous imaginer les épisodes dramatiques que cette mère eut à endurer, de la joie d’une naissance rapidement ternie par la mort, ou d’un enfant trop rapidement emporté par la maladie. Pourtant, Blanche fut une mère attentive à ses enfants et là encore, exerça toutes les vertus maternelles. Malgré ses responsabilités, elle trouvait à leur accorder de son temps, leurs prodiguant caresses et douceurs, les prenant sur ses genoux avec tendresse, le soir, avant qu’ils ne lui soient retirés. Elle profitait aussi de ces moments, où elle se trouvait entourée de ses enfants, pour leur raconter la vie de personnages célèbres et vanter leur vertus.

Mère chrétienne, Blanche assurément le fut, surtout que sur ces cinq enfants, Louis, le futur Louis IX, fut canonisé et un autre, Isabelle de France, fut, quant à elle, béatifiée. Il faut croire que l’éducation chrétienne que reçurent les enfants royaux fut une excellente école de sainteté. Mais au-delà de l’éducation reçue, on peut penser que les enfants de Blanche et de Louis ont tout simplement observé chez leurs propres parents les qualités d’âmes et les vertus qui, dans leurs cœurs d’enfants, ne demandaient plus qu’à fructifier.
Vous le savez bien, mes biens chers frères, la vertu ne s’enseigne pas tant de manière académique que par l’exemple et l’imitation.

 

RÉGENTE ET FEMME D’ÉTAT :
Les enfants du couple royal ne furent pas les seuls à reconnaitre dans leur mère les belles vertus qui leur étaient enseignées. Louis VIII reconnut lui aussi les qualités de son épouse, notamment au moment de l’aventure d’Angleterre. Il sut voir alors en elle les talents et les vertus d’un véritable chef d’état. Il l’avait vue sage-conseillère de son père, avait profité lui aussi de la prudence de son jugement, et surtout il avait eu l’occasion de noter la force de son caractère et la justesse de son esprit. Prudence, Justice, Force, voilà à nouveau des vertus qui semblent n’avoir pas manquer à cette reine de France.

Mais, les difficultés ne lui manquèrent pas non plus et ces vertus de femme d’état furent rapidement mises à l’épreuve. Le père de Louis, Philippe-Auguste, avait régné quarante trois ans. Saint Louis allait régner quarante trois ans lui aussi. En revanche, leur fils et père, respectivement, eut un règne court, puisque de seulement trois années. Avant de mourir, Louis confia par testament la tutelle du royaume à sa femme Blanche, jusqu’à la majorité de son fils. Par prudence encore, la reine fit sitôt sacrer à Reims son fils Louis, âgé seulement de douze ans. Les tentatives d’opposition à cette régence n’allait pas manquer, mais les qualités que Louis avait vu dans son épouse s’avérèrent plus que vraies. Ainsi, grâce à son habileté politique et à sa diplomatie, la reine Blanche parvint à faire reconnaitre sa régence – régence qui durerait huit ans sans qu’on eut même combattu.

Mais cette position de régente, Blanche eut à l’exercer une deuxième fois (1248-1252). La scène, digne de gloire, est, là encore, immortalisée par la peinture et l’œuvre peut être aujourd’hui admirée parmi les tableaux de la chapelle Saint-Louis de l’École militaire. L’artiste a représenté la reine Blanche, assise, revêtue d’une robe blanche aux galons dorés. Le Roi, lui, est représenté debout, revêtu d’une longue tunique blanche brodée de files d’or. Par-dessus, il porte dalmatique et mosette d’azur, fleurdelisée et bordée d’hermine. Le moment est solennel: le légat du pape, en grand violet, chapeau cardinalice, assiste à la scène, témoin de l’événement. Saint Louis va partir pour la croisade et remet donc la régence du royaume à sa mère Blanche de Castille. Cela est symboliquement représenté par le roi remettant à sa mère un gouvernail. Saint Louis par la position de révérence de son corps et l’inclination de tête rend hommage à la reine-mère.

La première régence avait assez rapidement trouvé la paix et tout le royaume avait alors bénéficié de cinq années paisibles que beaucoup qualifient d’années de bonheur. On avait vu la Reine, femme d’état, sûre de son autorité, et saint Louis ne pouvait alors que se tourner à nouveau vers elle pour assurer l’administration du royaume pendant son absence. Tous en étaient persuadés, Blanche de Castille n’avait à cœur que l’intérêt du royaume de France et de ces sujets.

 

REINE CHRÉTIENNE :
A son arrivée à Paris en 1200, Blanche a admiré la cathédrale Notre Dame, alors en construction. Seuls étaient alors achevés le chœur et la nef, mais Notre-Dame se présentait déjà comme un puissant vaisseau. Depuis sa Castille natale jusqu’à Paris, Blanche n’a rien vu de semblable. Elle sera entrée dans cet cathédrale par une porte de côté, la façade et les tours étant alors encore en chantier. Elle aura apprécié la vaste superficie de l’édifice, sa belle luminosité et noté toute la magnificence que les Parisiens avaient souhaité pour la maison de Dieu; mesure de la ferveur de ce peuple qui allait être le sien. Pour cette Reine d’une grande piété, qui eut pour volonté de transmettre à ses enfants toute la foi chrétienne qui brûlait dans son cœur, ce témoignage de foi ne pouvait que l’encourager, elle et son époux, à la lutte contre les hérésies et, plus tard son fils, à participer, par deux fois, à la croisade contre les Mahométans.

Blanche avait découvert une capitale où les églises ne cessaient d’être trop exigües pour accueillir sa population. Aujourd’hui, dans cette société déchristianisée, crime auquel bien des gens d’Église ont malheureusement participé, nos églises sont trop souvent bien vides. Mais, une lueur d’espoir existe toujours, mes biens chers frères, dans une certaine jeunesse, ardente, déterminée et fière de sa foi. Pour eux, et pour nous, Blanche est un encouragement, car cette reine a manifesté, au milieu des difficultés et des épreuves, des vertus bien nécessaires à notre temps: courage, témérité, sagesse, force, pour n’en citer que quelques-unes.

Peu de jours avant sa mort, Blanche reçut l’habit religieux des Cisterciennes. Saint Louis était toujours à la croisade, lorsque l’année 1252, au milieu du chœur de l’abbaye de Maubuisson (abbaye qu’elle avait elle-même même fondée), revêtue des vêtements royaux par dessus l’habit religieux, Blanche fut inhumée.

 

CONCLUSION :
À une époque où l’on voudrait nous faire oublier notre histoire, faire table rase, effacer notre conscience nationale et la remplacer par l’idéologie mondialiste, à une époque où l’on enseigne aux enfants le péché et où le vice a remplacé, pour ainsi dire, la vertu, Blanche fait sans nul doute contraste, face à toute cette indécence et cette grossièreté. Mais assurément, son personnage nous permet de retrouver un fil d’espoir dans le destin de notre pays en nous incitant, comme elle l’a fait, à faire face aux épreuves. En faisant nôtres, toujours davantage, les vertus qui furent les siennes: Épouse fidèle, pleine d’amour et de complicité envers son époux; Mère de famille dévouée, à la fois rigoureuse et tendre envers ses enfants; Reine chrétienne, remarquée pour sa grande piété et son esprit noble.

Dans sa longue vie au service de l’État, dans l’accomplissement de son devoir, cette femme d’exception ne manqua pas d’assurer toujours la fonction de son pouvoir en lien avec les responsabilités qui en découlaient. Belle leçon de politique pour les politiciens de notre époque.

Le mariage de Blanche avec la France se trouve symbolisé au bas du vitrail du transept nord de la cathédrale de Chartres. Là, figurent les blasons de ses deux mécènes: les armes de France, d’azur semés de lys d’or, et les armes de Castille, de gueules au château d’or ouvert et ajouré d’azur. En épousant Louis, cette Reine épousa le destin du royaume dans lequel elle était venu régner. Pour cette raison, elle laissa la France inconsolée dans le souvenir d’une reine tant aimée.

Au cours de cette messe, mes biens chers frères, tournons-nous, si vous le voulez bien, vers le Cœur Immaculé de Marie et implorons sur notre patrie des grâces en grand nombre. Prions Notre Dame, afin qu’elle suscite des âmes généreuses qui sauront être pour la France, les chefs chrétiens dont elle a tant besoin.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Ainsi soit-il.

 

Abbé Xavier CHAMPAGNE-DEUVE, IBP
Eglise Saint-Germain l’Auxerrois – Paris 1er